Alfred Gaspart, peindre au stalag 1940-1945






A partir de janvier 1945, les camps sont successivement libérés. Alfred Gaspart reprend le chemin de la France le 17 mai 1945, après cinq ans de captivité. Né en Argentine en 1900, il débute avant la Seconde Guerre mondiale, une brillante carrière de peintre. De 1940 à 1945, cinq années de captivité brisent son destin. Deux tentatives d'évasion le conduiront au stalag VII A, à Moosburger en Bavière. A partir de 1942, il ne cessera de reproduire le scènes dont il est le témoin. Près e 2000 peintures, encres, dessins, esquisses, croquis retrouvés à ce jour fixent pour toujours le quotidien du camp. De retour à Paris, choqué par la détention, il continue cependant à peindre et meurt dans la solitude en 1993.

Dans le travail d'Alfred Gaspart, inconnu jusqu'en 2005, j'ai retrouvé bien des choses qui m'intéressent dans mon travail de peintre.
S'il est clair que cette activité créatrice permet à Gaspart de se protéger, elle est surtout pour lui un moyen d'entretenir un contact avec les autres, rassemblés ici dans des conditions destinées à supprimer toute humanité.
En dessinant, il traverse les barrières de la langue et laisse s'exprimer la douleur, les douleurs, la peur, l'angoisse, la mort. Il nous raconte son empathie pour les centaines de soldats russes déportés là en masse. Ils sont destinés, — d'une manière différente de celle appliquée aux juifs dans les autres camps —, à disparaître. Maladies et famine sont les moyens employés par les SS pour se débarrasser de ceux qu'ils estiment être des sous-hommes. Hitler disait d'ailleurs des slaves : «Quant à ces cent millions de Slaves ridicules, nous modèlerons les meilleurs d'entre eux selon nos convenances et nous laisserons de côté les autres, dans leurs porcheries ; et quiconque parlera de dorloter les habitants locaux et de les civiliser ira tout droit au camp de concentration".
Les portraits que je reproduis ici sont ceux de jeunes russes, en train de mourir d'épuisement.

Extraits des notes journalières de Gaspart écrites en captivité (*) :

Jeudi 26 novembre 42… Volti m'a apporté du papier d'emballage sur lequel on peut dessiner. Je le trouve à sa baraque en train de dessiner un tout jeune Ukrainien, au visage pur comme un Bouddha. Quel voyage, rien qu'à voir ses traits purs d'Asiatique…

Dimanche 29 novembre 42… nous allons à l'hôpital dessiner les russes mourants. L'après-midi passe très rapidement dans le travail captivant. On touche aux limites extrêmes de la vie. Ces êtres décharnés sont pour la plupart condamnés à brève échéance, les muscles parfois ne fonctionnent plus. On porte la jambe pour la mettre dans le lit. Dimanche dernier, un que Volti avait dessiné est mort deux heures après.

Dimanche 7 mars 43… Une grande émotion tout l'après-midi à dessiner des Russes malades (…) Une grande pureté s'exhale au contact de ces êtres simples et primitifs, pour la plupart terrassés par les privations et la souffrance. C'est rejoindre les sources de la vie, une telle visite.

(*) Alfred Gaspart, peindre en captivité 1940-1945, Stalag VIIA,
Somogy-Editions d'Art, Paris, 2005


2 commentaires:

KIEFFER a dit…

Je suis très émue de retrouver l'oeuvre de Fred Gaspart : mon père a été avec lui au stalag VIIA et Fred lui avait dessiné mon portrait une esquisse au crayon et un dessin aux pastels sur papier d'emballage, ces deux portraits à partir d'une photo de moi que Papa avait sur lui : j'avais 3 ans en 1940...Je dispose donc de ces deux originaux. L'un comporte le tampon du stalag VIIA et il est daté de 18/12 Il se trouve que mon père est décédé en 2007 à 95 ans et que j'ai retrouvé un manuscrit et des photos que je suis en train de mettre sur informatique et dont je veux faire un document à remettre à mes enfants...Ces deux dessins font partie de ses souvenirs.

Alain Frappier, peintre a dit…

Je vous remercie pour votre témoignage qui renforce l'émotion que j'éprouve à la vue des œuvres de Gaspart. Cette émotion doit être transmise, vous avez raison de le faire.